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Frachet Albert Camus

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11 janvier 2018

Albert Camus Récapitulatif V2

Albert Camus Récapitulatif V2
Synthèse des articles dédiés à Albert Camus -- Sa fille Catherine Qu'est-ce que le bonheur sinon l'accord vrai entre un homme et l'existence qu'il mène ? - Albert Camus Titre des ouvrages Titre des ouvrages Titre des ouvrages La Peste Téléfilm Autour...
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2 décembre 2025

François Ozon, L’Étranger, film

RéférenceL’Étranger d'après Albert Camus, paru en 1942, film 2025 avec dans les rôles principaux :
Benjamin Voisin (Meursault), Rebecca Marder (Marie Cardonna), Pierre Lottin (Raymond Sintès), Denis Lavant (Le vieux au chien), Swann Arlaud (L'aumônier), Nicolas Vaude (Le procureur). 


« En s’attaquant à l’énigmatique Meursault d’Albert Camus, François Ozon relève un sacré défi. Il mêle savamment fidélité à l’œuvre et audaces narratives [...] Une adaptation très réussie. » Télérama

 











Affiche du film           Mostra 2025                  Meursaut et Marie

Le fil conducteur est bien connu et, à cet égard, le scénario suit bien le déroulement du roman : [1]
Alger 1938. Meursault, un jeune homme, la trentaine, un modeste employé, enterre sa mère sans manifester (c'est du moins ce qu'on leur reprochera) la moindre émotion. [2]
Le lendemain, il entame une liaison avec Marie, une collègue de bureau. La vie quotidienne reprend, avec le travail et les loisirs à la plage. Marie rêve de mariage mais lui ne semble pas prêt pour s'engager, il semble d'une façon plus générale, hésitant, sans ambitions et refuse la promotion que lui offre son patron.

Son voisin et ami Raymond Sintès va perturber son quotidien en l’entraînant dans des histoires louches jusqu’au drame central, sous un soleil de plomb sur la plage déserte. Dès lors, le sort de Meursaut est scellé : condamné pour avoir refusé de jouer le rôle que la société attend de lui, en disant simplement et crument SA vérité. [3]

 

Benjamin Voisin avec Ozon

Meursault avec Marie
 


Meursault
se veut anonyme, il n'a toujours pas de prénom [4]
il me rappelle "Bartleby" le personnage d'Hermann Melville qui répète souvent 
« Je préfère ne pas » et se retranche peu à peu des autres.

L'itinéraire de Meursault illustre bien les questions existentielles sur la vie et la mort, l’absurde et l’humain. En prison, il se positionne face à la mort, face à la dialectique classique de l'aumônier. Camus était résolument athée, refusant les promesses d'un au-delà édénique jouant sur la peur de la mort. 1942, année de parution de L’Étranger, c'est aussi le temps où Camus est venu soigner en France une nouvelle crise de tuberculose [5], de nouveau confronté au spectre de la mort.  Une peine de mort que, d'un point de vue éthique, il refuse de toutes ses forces, luttant pour son abolition. [6]

 

Meursaut et Marie sur la plage                Meursault lors de son procès

Dans sa prison, Meursault tombe sur un vieil article de journal relatant un fait divers : deux femmes tuant leur fils et frère qui avait décidé de rester anonyme, terrible méprise symbole pour Camus (et pour Meursault) de l'absurde. Camus reprendra ce qui est une simple anecdote dans L’Étranger dans sa pièce intitulée "Le Malentendu".

Interview de François Ozon (extraits)
- Dans toute adaptation, il y a une part de trahison, qu’il faut accepter. Les langues littéraires et cinématographiques ne sont pas les mêmes. J’ai suivi mon instinct et j’ai collé à la vision d’Albert Camus.

- Pour moi, la première partie de « L’Étranger » (les obsèques de la mère de Meursault, la vie quotidienne à Alger et l’assassinat de l’Arabe sur la plage) devait être sensorielle, quasiment muette avec un rythme lent. La seconde partie avec le procès de Meursault et son emprisonnement était celle que j’appréhendais le plus.

- Dans mon film, les deux personnages féminins, Marie et Djemila, la sœur de l’Arabe, sont plus présentes que dans l’œuvre de Camus. Marie par exemple n’est pas une amoureuse naïve, elle prend conscience que Meursault est un homme différent.
 


François Ozon avec des membres de son équipe

François Ozon en compagnie de Denis Lavant (Le vieux au chien)




Notes et références
[1] Le film débute non par « Aujourd'hui, maman est morte » comme chez Camus mais par « J'ai tué un Arabe. »
[2] En 1967, Luchino Visconti en avait déjà signé une adaptation, avec Marcello Mastroianni dans le rôle de Meursault
[3] Camus connaissait bien les mécanismes de la justice pour avoir assisté à des procès comme journaliste au journal Alger Républicain 
[4] Dans "La mort heureuse", un roman précédent paru à titre posthume, Meursault se prénomme Patrice.
[5] Il ira se reposer et regagner des forces au Panelier en Haute-Loire près de la commune de Chambon-sur-Lignon, chez Paul Œttly, oncle de sa future femme Francine Faure, où il rencontrera Francis Ponge.
[6] Voir entre autres son ouvrage Réflexions sur la peine capitale écrit avec Arthur Kœstler.

 

Voir également
* Alice KaplanAvec Camus, En quête de "L'Étranger" --
* 
Camus Malraux et l’étranger --

Autres références
* Kamel Daoud, Meursault, contre-enquête -- Camus à Alger --
* Camus au Panelier -- La mort heureuse --

 

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<< Christian Broussas - L’Étranger  film -  © CJB  02/12/2025 >>
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13 septembre 2025

Albert Camus Carnets III

Référence : Albert Camus Carnets III, Mars 1951-décembre 1959, éditions Gallimard, collection Blanche, 280 pages, 1989

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« J'ai mis dix ans à conquérir ce qui me paraît sans prix : un cœur sans amertume. »
 
La tenue de ces Carnets fut pour Albert Camus une façon de consigner ses réflexions, des extraits de lecture, des ébauches de romans, des anecdotes. Il les tiendra quasiment toute sa vie, de l'âge de vingt-deux ans jusqu'à sa mort et avait prévu leur publication en mettant au propre les notes prises au fil des jours, parfois en style télégraphique.
 
Mais ils ne parurent qu’après sa mort, repris par sa femme Francine Camus et Roger Quilliot, auteur d’un remarquable essai sur Camus intitulé La mer et les prisons, les deux premiers en 1962 et 1964, supervisés par les amis Jean Grenier et René Char

Le tome I paru en 1962 couvre la période  mai 1935-février 1942 et contient des notations sur Noces, La Mort heureuse, L'Étranger, Le Mythe de Sisyphe ou Caligula. Le tome II qui va de janvier 1942 à mars 1951, rassemble des textes allant de la période de "L’Étranger" à "L'Homme Révolté" en passant par "La Peste". 
 

Si Camus considérait plutôt les deux premiers comme des instruments de travail, le dernier est constitué aussi de notations plus intimes, apparaissant quelque peu décousu, fait d’éléments épars, parfois de quelques lignes ou d'une seule phrase. On voit mieux l’homme et son environnement avec sa famille, ses amis, des allusions aux courriers qu’ils échangent, ses engagements toujours nombreux, l'avancement de ses livres et ce temps qui lui file entre les doigts.

Il est ainsi possible de suivre l’évolution de son état d'esprit, parfois plus serein, parfois plombé par les difficultés, comme cette réflexion désabusée : « Trois ans pour faire un livre, cinq lignes pour le ridiculiser et des citations fausses, » et qui, comme souvent, doute de son talent, de sa vocation car écrit-il « les doutes, c’est ce que nous avons de plus intime. »

           
                           Avec Mett Ivers et les Gallimard à Lausanne 31/10/1959

Il balance souvent entre optimisme et pessimisme, alternant réflexions lucides du genre « j'ai toujours pensé que si l'homme qui espérait dans la condition humaine était un fou, celui qui désespérait des événements était un lâche » et sans illusions car « si l'homme échoue à concilier la justice et la liberté, alors il échoue à tout. » 
 

Dans la période couverte par le tome III, entre 1951 et 1959, Albert Camus écrit L’Été, La Chute, L’Exil et le royaume. On suit ses réactions suite aux polémiques déclenchées par la publication de L’Homme révolté, à la tragédie de la guerre d’Algérie, ses voyages en Italie,  en Grèce et à Stockholm pour la réception de son  prix Nobel… On y décèle son désir d’harmonie, malgré toutes les difficultés, « à travers les chemins les plus raides, les désordres, les luttes ».‎
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Du 9 juin au 6 juillet 1958, il est en Grèce avec les Gallimard et quelques amis. Après la visite d'Athènes, de l'Acropole et de Rhodes, il se laisse porter d'île en île au gré des flots et des îles visitées, Kos. Psameros, Kalimnos, Patmos, Samos, Chios, Mytilène... et retour par Corinthe et Olympie
 
C'est pendant ce voyage que paraît Actuelles III qu'il titra finalement Chroniques algériennes, choix d'articles sur l'Algérie, des premiers au temps d'Alger-Républicain aux plus récents. En quelque sorte, son testament sur l'Algérie, après il n'aura rien à ajouter qui pût apporter une aide quelconque à une solution raisonnable.
Ce qu'on ne manqua pas de lui reprocher...
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 La une de Combat

L’année 1959 –sa dernière année- est d’abord consacrée à son adaptation des Possédés de Dostoïevski : articles et interviews se succèdent avec comme point d’orgue la Première le 30 janvier. En mars, il est à Alger au chevet de sa mère malade.

À partir de fin avril, il sera souvent à Lourmarin où il prend des notes pour une adaptation de Macbeth de Shakespeare et surtout s’attelle à l’écriture du Premier homme qu’il espère mener à bien en huit mois. Il se dit alors sous le signe de « la solitude et de la frugalité. » Son activité ne sera guère entrecoupée que par un voyage à Venise début juillet puis par la préparation des fêtes de fin d’année qu’il passera avec Francine et les jumeaux ainsi qu’avec la famille Gallimard remontant de la Côte d’azur avant de regagner Paris où il n’arriveront jamais.
 
Les notations contiennent parfois cette touche de lyrisme qu’on trouve dans ses récits et traduisent assez souvent son humeur, comme cette phrase écrite au fil de la plume : « Chaque matin quand je sors sur cette terrasse, encore un peu ivre de sommeil, le chant des oiseaux me surprend, vient me chercher au fond du sommeil, et vient toucher une place précise pour y libérer d’un coup une sorte de joie mystérieuse. Depuis deux jours il fait beau et la belle lumière de décembre dessine devant moi les cyprès et les pins retroussés. »
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On pourrait choisir d’autres exemples, simples notations comme « j'aime les petits lézards aussi secs que les pierres où ils courent. Ils sont comme moi, d'os et de peau » en juin 1959 ou plus mélancoliques comme « certains soirs dont la douceur se prolonge. Cela aide à mourir de savoir que de tels soirs reviendront sur la terre après nous. »
 
Le Vaucluse et Lourmarin l’inspirent aussi beaucoup, il s’y sent bien, loin de Paris et du "microcosme", quand il écrit « Vaucluse. La lumière du soir devient fine et dorée comme une liqueur et vient dissoudre lentement ces cristaux douloureux dont parfois le cœur est blessé » ou quand il arrive chez lui, même s’il a plu et qu’il est fatigué, « 28 avril 59. Arrivée Lourmarin. Ciel gris. Dans le jardin merveilleuses roses alourdies d'eau, savoureuses comme des fruits. Les romarins sont en fleurs. Promenade et dans le soir le violet des iris fonce encore. Rompu. » 

Parfois aussi, se laissant aller à une certaine amertume comme cette confidence de mai 1959 : « le théâtre au moins m'aide. La parodie vaut mieux que le mensonge : elle est plus près de la vérité qu'elle joue. »
 
       
«
Rien n'est plus méprisable que le respect fondé sur la crainte.  » (Carnets II) « Vieillir, c'est passer de la passion à la compassion.  » (Carnets II)
« La démocratie, ce n'est pas la loi de la majorité, mais la protection de la minorité.  » (Carnets III)
 
Année 1959 : les 3 séjours à Lourmarin
- séjour 1 : du 28/04 au 28/05
- séjour 2 : du 9/08 au 2/09
- séjour 3 : du 14/11 au 3/01/1960

Voir aussi
* Camus au jour le jour en 1958 et en 1959 -
* Le cahier VIII
des Carnets III -
 * Le voyage en Grèce dans les Carnets -
 
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<< Ch. Broussas Camus Carnets III 07/05/2020 © cjb © >>
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13 septembre 2025

Albert Camus, Actuelles IV

Référence : Albert Camus, Actuelles IV, "Face au tragique de l'histoire", éditions Gallimard, collection Blanche, présenté et annoté par Catherine Camus et Vincent Duclert, 504 pages, novembre 2024
 



Albert Camus avec les jumeaux





« Je vous souhaite de lire Actuelles IV avec bonheur car, comme l'a écrit Maria (Casarès), il se borne à témoigner  fraternellement sans jamais racoler, rendant ainsi hommage à celui qui le lit. » Catherine Camus

 

3 janvier 1960, quittant le Luberon, il meurt sur la route dans l'Yonne en rentrant à Paris, laissant chez lui à Lourmarin le plan d’un recueil d’écrits politiques et intellectuels, futur « Actuelles IV » faisant suite aux trois tomes précédents.
 

Quelque trente ans après la sortie du Premier Homme en 1994, paraît son dernier ouvrage, quatrième tome des Actuelles, retraçant ce qu'il appelle "le tragique de l'histoire". Les trois autres tomes couvraient les périodes précédentes :
- tome I : "
Écrits  politiques 1944-1948"
- tomme II : "Une morale est possible"
- tome III : "Les chroniques algériennes"
-
Présentation des 3 tomes --
 

     










 


Albert Camus avait projeté de rassembler certains de ses écrits politiques dans un quatrième volume dont il avait établi une liste de titres nommée « Pour Actuelles IV ». Francine Camus et René Char avaient un temps envisagé d’éditer le recueil.
En 2022, Vincent Duclert et Catherine Camus reprennent le dossier avec un bandeau rouge avec ce texte : « CAMUS Un recueil pour aujourd’hui ».


Actuelles IV se structure autour des thèmes forts de Camus : liberté et tyrannie politique, l'Espagne franquiste et le communisme hongrois, lutte contre la peine de mort et la  violence du monde, espoir dans l'humanisme…Il se place ainsi dans la logique de son œuvre, à travers le souvenir de l’enfance ponctué par les jours heureux, par le courage de l’intellectuel conforté par un style aussi puissant qu'imagé.

Les thèmes retenus sont au nombre de cinq : "Le parti de la liberté" (franquisme et communisme contre la liberté), "D’un intellectuel résistant" (rôle des artistes et intellectuels), "Le seul espoir" (articles de l'Express), "Discours de Suède, derniers propos" (discours prix Nobel) et "Correspondance retrouvée" (divers textes politiques).

 

     

 

 

 

 







Ce recueil permet de suivre sa pensée et ses combats entre 1939 et 1959. Une époque où il fut contraint de combattre la droite et les nazis puis des intellectuels de gauche proches des communistes. Il estime que sans la liberté de penser, d'écrire, de débattre avec une fermeté sans trop de coups bas, de se taire aussi, le progrès n'est que mensonge. 

L'artiste dans la société
« Je me révolte donc nous sommes. » Actuelles IV, page 239

Dans L'Homme révolté, plusieurs pages importantes sont consacrées à ce thème. (cf "La main tendue" p 354)
- Actuelles I se clôt par le thème de l'engagement de l'artiste avec un article intitulé "Le témoin de la liberté";
- Actuelles II se clôt par "L'artiste et son temps", support de la conférence d'Upsal du 14/12/1957.


« Les contradictions ne se résolvent pas dans une synthèse ou un compromis purement logique mais dans une création. [...] La première tâche de notre vie publique est donc de préserver la chance fragile ou dangereuse de la paix et pour cela, de ne servir aucune des forces de guerre, de quelque manière et où que ce soit. » p 248
« L'expérience tragique de Dostoïevski est de guérir l'humiliation par l'humilité et le nihilisme par le renoncement.
» p 248
(Extraits de Défense de L'Homme révolté)


« Le partage se fera de plus en plus entre ceux qui acceptent les sévices et les mensonges d'une tyrannie désorientée et ceux qui veulent contribuer à la renaissance d'un véritable espoir pour les hommes d'aujourd'hui. » 
Il se sent solidaire « de tous ceux qui refusent en même temps la liberté de la misère et le pain de l'esclavage. » 
("Le vrai débat", article de l'Express, 4 juin 1955, p 309)

 



Sa fille, Catherine Camus
Le couple Camus





Structure de l'ouvrage
1- Le parti de la liberté : L'Espagne de Franco et le communisme en Europe de l'Est
2- D'un intellectuel résistant : Autour du pessimisme, quelques auteurs russes, L'homme révolté
3- Le seul espoir (articles 1955-56) - Discours de Suède - Correspondance retrouvée (textes politiques dont 2 inédits)



Camus à Bougival nov. 1945 
Bio d'Hubert Védrine
Bio d'Olivier Todd

 





Voir aussi
* Actuelles : les trois premiers tomes --
* Mon site consacré à Albert Camus --
* Camus actualités --

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<< Christian Broussas - Actuelles IV -   © CJB  ° 30/05/2025 >>
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13 septembre 2025

Albert Camus La révolte et la liberté

Référence : Albert Camus, Hors série Le Monde, "La révolte et la liberté", Une vie, une œuvre, 120 pages, février 2025
- "Un philosophe artiste" par Bernard-Henri Lévy

 

 








 

 



Le Monde Différentes éditions éditées par le Monde


"Mon rôle, je le reconnais, n'est pas de transformer le monde, ni l'homme : je n'ai pas assez de vertus ni de lumières pour cela. Mais il est peut-être de servir à ma place les quelques valeurs sans lesquelles un monde, même transformé, ne vaut pas d'être vécu, sans lesquelles un homme, même nouveau, ne vaudra pas d'être respecté."
Albert Camus, Actuelles I


Présentation 

Albert Camus, l'auteur de L'Étranger et de La Pesteest très souvent considéré comme l'écrivain qui incarne le mieux notre époque pleine d'épreuves et d'aléas. Figure représentative autant que notre contemporain. Au-delà de l'homme, son œuvre multiple se veut avant tout tournée vers la recherche de la liberté et de la vérité, maîtres mots de sa pensée.
 


Albert Camus avec Jean-Paul Sartre (à gauche)

C'est bien l'objectif de cet hors-série que de développer les ressorts d'une œuvre qui sert souvent de référence à tous ceux qui sont en quête de repères pour se situer dans leur époque.
Une présentation à travers des entretiens, débats et textes choisis, complétée par deux textes inédits tirés de son livre Actuelles IV. [1]


C'est bien l'objectif de cet hors-série que de développer les ressorts d'une œuvre qui sert souvent de référence à tous ceux qui sont en quête de repères pour se situer dans leur époque.
Une présentation à travers des entretiens, débats et textes choisis, complétée par deux textes inédits tirés de son livre Actuelles IV. [1]


Albert Camus possède cet vertu de faire partager ses émotions, le courage aussi bien vis à vis de lui-même que dans les batailles collectives, de sa simplicité aussi dans sa relation avec la nature et sa beauté, le corps et la maladie, les mots et l'écriture, l'amitié.


Notes et références 
[1] Actuelles IV paru chez Gallimard en 2024 est une compilation dont Camus avait prévu de son vivant la publication mais dont il n'avait rédigé qu'un plan sommaire.

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<< Christian Broussas - Camus Le Monde -   © CJB  ° 10/08/2025 >>
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4 juin 2025

Kamel Daoud, Meursault contre-enquête

           

Référence : Kamel Daoud, Meursault, contre-enquête, 160 pages, éditions Barzakh 2013 et Acte sud 2014, Prix Goncourt du premier roman 2015, Prix des cinq continents, Prix François Mauriac

L'écrivain-journaliste algérien Kamel Daoud qui tient des chroniques dans « Le quotidien d’Oran » , a tricoté dans son roman une variation autour du roman d'Albert Camus « L’étranger » déclinée par le frère de la victime.

 Si chez Camus, Meursault le tueur est aussi le narrateur, ici c'est Haroun le frère cadet de la victime qui prend la parole pour tenter de comprendre le meurtre de son frère Moussa. Au nom de la justice, non que Meursault n'ait été condamné, mais cette fois pour de "bonnes" raisons, et non comme dans le livre de Camus, pour "n'avoir pas pleuré à l'enterrement de sa mère". Pour une raison plus intime dans cette Algérie meurtrie par la guerre civile, « je veux m’en aller sans être poursuivi par un fantôme. Je crois que je devine pourquoi on écrit les vrais livres. Pas pour se rendre célèbre, mais pour mieux se rendre invisible, tout en réclamant à manger le vrai noyau du monde. »




Haroun, miné par la frustration, ressasse sa solitude soir après soir dans un bar d'Oran, il en veut aux hommes qui se donnent à un dieu et exprime son incompréhension, sa déception face à l'évolution de l'Algérie. Lui aussi se sent de plus en plus un étranger dans son propre pays et voit venir sa fin comme une délivrance. Le roman est construit comme une longue litanie, un monologue qui se passe dans un bar, à la manière dont Camus a conçu son récit La Chute, où  Jean-Baptiste Clamence soliloque en battant sa coulpe dans un bar d'Amsterdam.

C'est aussi le roman de la solitude, de l'absence, ce frère qu'Haroun a à peine connu ce frère, et pourtant toujours si présent. Il se souvient de sa mère inconsolable, prostrée, vivant avec le disparu plus qu'avec lui, son fils vivant. Il évoque sa jeunesse saccagée, le corps disparu d'un deuil impossible, ce rêve fou de sa mère que lui, le fils cadet, devienne ce fils disparu, « que veux-tu qu’un adolescent fasse ainsi piégé entre la mère et la mort ? »
C'est donc aussi un roman sur une identité écartelée entre son frère et lui, sur l'absence insupportable qui oblige à fuir une réalité qui est niée.

        

Haroun, devenu maintenant un vieil homme soixante dix ans après le procès de Meursault, aime tout particulièrement ce verset du Coran  : « Si vous tuez une seule âme, c'est comme si vous aviez tué l'humanité entière ». Derrière cet aveu, c'est son pays que Daoud vise, un pays où la corruption du pouvoir se généralise, justifiant en quelque sorte l'obscurantisme tragique des islamistes.

                          

Voir aussi mes articles sur les parutions 2014
* Patrick Modiano,
Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier.
* Frédéric Beigbeder,
Oona et Salinger  --  Patrick Deville, Viva
* David Foenkinos, Charlotte -- Elisabeth Filhol, Bois II.

<> CJB Frachet - Daoud - Feyzin - 15 octobre 2014 - <><> © • cjb •  © <>
............................................  <> maj 2017 et 2025<> ...........................................

4 juin 2024

Hubert Védrine, Camus, notre rempart

Référence : Hubert Védrine, Camus, notre rempart, éditions Plon, 128 pages, mars 2024

Il aurait pu s'appeler "Albert Camus et moi" tant ce livre d'Hubert Védrine  [1]revêt un ton très personnel, longue confidence sur l'importance d'Albert Camus dans la vie de l'auteur.


« Le monde est beau et en-dehors de lui, point de salut. » Noces

Très tôt Hubert Védrine a découvert Camus à travers ses recueils de nouvelles Noces puis L’Été. C'est surtout Noce à Tipasa qui l'a impressionné par la description saisissante de ce paysage de bord de mer à quelque 70 kilomètres d'Alger, dominé par le massif austère du Chénoua. À lire ses descriptions, on respire l'essence de ces plantes qui exsudent leur lourd parfum, les géraniums, les absinthes,  les griffes-de-sorcière, révélé par l'implacable soleil estival, on admire le contraste entre la nature et les ruines romaines qui ponctuent le paysage.  
 

Il lit aussi avec délectation d'autres nouvelles comme L’Été à Alger, « ce qu'on peut aimer à Alger, c'est ce dont tout le monde vit : la mer au tournant de chaque rue, un certain poids de soleil, la beauté de la race » ou Le vent à Djémila, là où « il est des lieux où meurt l’esprit pour que naisse une vérité qui est sa négation même. »

Puis ce seront un peu plus tard dans L’Été, Retour à Tipasa, pendant de Noce à Tipasa durent la période hivernale, et deux courtes nouvelles mais ciselées, très denses que sont Les Amandiers et L'Énigme.

« Saisi, je l’ai été par la simple beauté et la sensualité de ses mots méditerranéens, écrit Hubert Védrine. J’ai commencé mon parcours Camus par ce moment de beauté, de langue pure et claire, de sensualité hellénique et panthéiste. Il ne m’a jamais quitté. »


« Qu'est-ce que le bonheur, sinon l'accord vrai entre un homme et l'existence qu'il mène. » Noces

 

Ensuite, sa vie professionnelle, son engagement aux côtés de François Mitterrand, l'a un peu éloigné de Camus mais la complicité n'a jamais cessé et plusieurs rencontres l'ont de nouveau rapproché de Camus
Ces rencontres, ce sont surtout celles de Jean Daniel et de René Char chez lui à
L'Isle-sur-la-Sorgue où il va en vacances puis à Lourmarin et sa rencontre avec Catherine Camus, qui ont joué le rôle le plus important. Leurs échanges, leurs conversations l'ont conduit à renouer avec Camus et à réfléchir sur ses engagements, ses invariants qui agissent « comme une grande référence et une lumière dans le brouillard. »

Cette démarche l'a incité à relire toute l'œuvre de Camus, à comprendre le processus qui a permis à Camus d'incarner une éthique de vie fondée sur une rectitude sans égal, sans compromission, qui peut être un rempart efficace contre le superficiel de notre époque, qui peut encore dit-il, nous « protéger des temps sans esprit  ».

Pour lui, les œuvres les plus importantes, celles où l'on trouve l'essentiel de la pensée de Camus sont Le Premier homme, ce récit autobiographique inachevé, trouvé dans les décombres de l'accident létal, ainsi que la préface de l'Envers et l'endroit ajoutée à la réédition de 1958.

[1] Hubert Védrine a été porte-parole et secrétaire général de l’Élysée durant les deux septennats de François Mitterrand puis Conseiller d’État en 1986. En 1997, il est ministre des Affaires étrangères du gouvernement de Lionel Jospin. En 2003, il devient président de l’Institut François-Mitterrand. Il a écrit une vingtaine d’ouvrages sur les affaires internationales et le rôle de la France.


Voir aussi
* Noces et L’Été, Extraits --
* Le vent à Djémila,
Extraits --

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<< Christian Broussas, Camus, Védrine 04/06/2024 © • cjb • © >>
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4 juin 2024

Albert Camus La Peste, téléfilm

 L’adaptation du roman de Camus


L’adaptation d’un roman d’Albert Camus est toujours un événement  comme c’est le cas cette fois pour La Peste. Pari qu’ont relevé George-Marc Benamou et Gilles Taurand, producteur et coscénariste. Ainsi, après l’épidémie de Covid en 2020 qui avait fait bondir les ventes ses ventes, le roman est à nouveau à l’ordre du jour.
 

       













« Car il savait ce que cette foule en joie ignorait, […] que le bacille de la peste ne meurt ni ne disparaît jamais, qu'il peut rester pendant des dizaines d'années endormi […] et que, peut-être, le jour viendrait où, pour le malheur et l'enseignement des hommes, la peste réveillerait ses rats et les enverrait mourir dans une cité heureuse… »

C’est ainsi que se termine le roman La Peste, qui signifie aussi lutte contre la « peste brune nazie » et Résistance contre toute forme de contrainte et d'asservissement selon Albert Camus lui-même.
C’est ainsi que commence la mini-série dont elle est  librement adaptée et diffusée le lundi soir 4 mars dans les deux premiers épisodes.
 
 

  

S'appuyant sur les objectifs énoncés par Camus, ils ont imaginé un "thriller dystopique" [1] qui narre les terribles conséquences de la pandémie, non plus à Oran en 1947 comme dans le roman, mais dans le sud de la France pendant l'été 2030. [2] Pour lutter contre le fléau, un personnage principal le docteur Bernard Rieux (Frédéric Pierrot) est entouré du journaliste Sylvain Rambert (Hugo Becker) et de l'artiste Jean Tarrou (Johan Heldenbergh). [3]

Le film est aussi construit sur l’intervention du docteur Rieux (Frédéric Pierrot) en voix-off pour insuffler dans le narratif la musique du texte de Camus.


Une dystopie pour interroger le présent

Ce fléau va bien entendu mettre en question les relations entre les individus, dévoiler leur véritable personnalité, leur façon de réagir à la situation, de la refuser ou de s’y adapter. D’un point de vue personnel, tous les comportements sont possibles, de l’angoisse, du renoncement à une remise en question drastique de son rapport aux autres et à la société. D’un point de vue collectif, les hommes se voient contraints au confinement, y compris par la force.

George-Marc Benamou récidive ici, ayant déjà réalisé un documentaire intitulé
Les Vies d'Albert Camus  pour France-Télévision. « J'avais le désir d'adapter La Peste et j'en avais parlé à Catherine Camus, la fille d'Albert » se rappelle-t-il.

Le choix de la dystopie s’est imposé car « il permet de montrer à quel point les problématiques politiques et philosophiques que Camus aborde dans le roman restent contemporaines. […] Elles nous concernent aujourd'hui particulièrement. Il n'y a qu'à regarder autour de nous pour voir l'obsession paranoïaque et la montée des extrémismes… »
Tournée entre Nice, Aix et Marseille, La Peste s'abat ainsi sur une cité balnéaire fictive, dans « des décors qui auraient pu trouver leur place dans les années 1940 et d'autres qui sont visuellement très contemporains », dit  le réalisateur Antoine Garceau.

 


La stèle de Tipasa élevée en 1961 : 
« 
Je comprends ici ce qu’on  appelle gloire :

  le droit d’aimer  sans mesure. »
     ***************************

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Les personnages féminins
Le téléfilm a intégré plusieurs figures féminines qui manquent au roman, leur donnant plus d’ampleur avec Juliette (Pascale Arbillot) et Laurence (Sifia Essaïdi), les compagnes du docteur Rieux et du journaliste Rambert (Hugo Becker), séparées de leur homme par les circonstances. Rambert n’arrive pas à rejoindre Laurence et Juliette Rieux part pour l’Italie. Lucie (Judith Chemla) est une professeur de piano qui va entrer dans la lutte contre la peste et un pouvoir politique  plutôt lâche et corrompu qui inventera un "plan D" pour développer la dramaturgie, ce qui nous mène quand même assez loin de Camus. [3]

   










Du texte de Camus à l’adaptation
« Solitaire et solidaire, » titre d'un ouvrage album dû à l’initiative de sa fille Catherine Camus. Un choix personnel face à l'urgence de la situation et au dilemme : S'engager pour le bien commun même en risquant sa vie  ou mettre en avant son intérêt personnel... La Peste comme révélateur.
 

Dans ce climat, la tension monte peu à peu jusqu’à la mort émouvante d’un jeune garçon qui joue sur les croyances, les certitudes et l’absence d’avenir. « C'est impossible à jouer une scène comme celle-là », dit Frédéric Pierrot le comédien. « Dans le livre, la mort du garçon occupe tout un chapitre. » Une émotion vraiment palpable jusqu’à la fin. Le docteur Rieux sait bien que le bacille de la peste est consubstantiel à la condition humaine.
De ce point de vue, on peut dire que cette version peut être considérée comme fidèle à l’esprit du texte de Camus.

          

 

 

 






 

 



Voir également :
Correspondance avec les Bénisti --
Mon Site Albert Camus --

 

Notes et références
[1] dystopie : Forme de récit fictionnel se situant dans une société imaginaire sombre pour en dénoncer les défauts.
[2] Si certains décors comme l'hôpital de fortune, sont fictifs, d'autres sont bien réels comme à Marseille le Palais de justice, la plage des Catalans, les quartiers de la Joliette et la Vieille Charité, et à Nice la gare, la promenade des Anglais, l'hôtel West End ou le quartier de la Libération...
[3] Personnages et acteurs : le docteur Bernard Rieux (Frédéric Pierrot) et sa femme Juliette (Pascale Arbillot), le journaliste Sylvain Rambert (Hugo Becker) et sa compagne Laurence Molinier (Sofia Essaïdi), personnage inédit, l'artiste Jean Tarrou (Johan Heldenbergh), la prof de musique Lucie Ferrières (Judith Chemla) ou encor Eric Naggar (Cottard) et Guillaume Marquet (juge Othon.


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<< Christian Broussas  •  La Peste Benamou
  ©  CJB   ° 05/03/2024  >>
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23 septembre 2021

Albert Camus, Noces

        
« Un grand bonheur se balance dans l'espace... »
 

"Noces" est composé de 4 nouvelles  qui reflètent bien l'état d'esprit du jeune homme qu'il était alors dans les années qui ont précédé la seconde guerre mondiale :
- Noces à Tipasa, la plus connue, « célèbre les noces de l’homme avec le monde »;
- Le vent à Djemila où dominent le soleil, le silence et la présence obsédante du vent;
- L'été à Alger revient sur sa jeunesse, "pauvre mais heureuse", la vie des algérois l'été, entre mer et soleil;
- Le désert revient sur le voyage qu'il avait effectué en Toscane

 

Les nouvelles de Noces sont bien le symbole de la poétique dans l’œuvre de Camus comme de ces recueils ultérieurs de nouvelles, L'Été et L'Exil et le royaume, ensemble de textes qui exaltent ce qu’il appelle « l'emportement d'aimer. » La poésie de Noces s’exprime particulièrement dans le premier texte Noces à Tipasa, tout en spontanéité, comme une exhortation solennelle à la nature et à la sensualité qu’elle exerça sur lui.

Les exemples sont nombreux, ne serait-ce que cette description d’une grande sensualité qui se dégage du contraste des couleurs, « les bougainvillées rosats, hibiscus rouge pâle, roses thé épaisses comme la crème, longs iris bleus sans compter la laine grise des absinthes... » Il évoque aussi la puissance des éléments qui le subjuguent dans le vent à Djemila, « le son feutré de la flûte à trois trous... des rumeurs venues du ciel... »
 


« Qu'est-ce que le bonheur, sinon l'accord vrai entre un homme et l'existence qu'il mène. »
 
La personnalisation des éléments, qu’il utilise à de nombreuses reprises, la mer « qui suce les premiers rochers avec un bruit de baiser » mène à une symbolisation, la mer révèle l'infini et la montagne la pureté. À Tipasa, « tout est munificence et profusion charnelle. » Comme Tipasa, l'Italie a aussi une grâce sensuelle et simple, des couleurs qui touchent Camus dans « les lauriers roses et les soirs bleus de la côte ligurienne. »
 

Djemila aussi possède la beauté brute de son soleil et de ses ruines qui rappellent celles de Tipasa, mais elle ne pourra rien contre le vent omniprésent qui ronge la pierre, « tout à Djemila a le goût des cendres et nous rejette dans la contemplation. » On retrouve le même contraste dans les crépuscules d'Alger, « la leçon de ces vies exaltées brûlées dès vingt ou trente ans, puis silencieusement minées par l'horreur et l'ennui. »
 

             
Camus à Tipasa

Il se dégage de cette Italie telle qu’elle lui apparaît à travers le pinceau sans concession de ses peintres, « de Cimabué à Francesca, une flamme noire », contraste suprême entre toutes ces beautés magnifiées par la peinture et les limites de la pauvre condition humaine.
 

« Florence ! » s’exclame-t-il dans Le Désert, « un des seuls lieux d’Europe où j’ai compris qu’au cœur de ma révolte dormait un consentement. » Son voyage en Toscane provoque de vives émotions et lui inspire des réflexions basées sur des paradoxes. Non seulement celui de la révolte et du consentement mais aussi du monde car ajoute-t-il, « le monde est beau et hors de lui, point de salut. »
 

C’est dans la dualité entre un monde indifférent, « une nature sans homme… qui le nie sans colère » et sa pauvre condition humaine pleine d’émotions qui lui fait dire que « le gros sanglot de poésie qui m’emplissait m’avait fait oublier la vérité du monde. »
 

Il y descelle d’autres paradoxes comme le « bonheur naît de l’absence d’espoir » et que « toute vérité porte en elle son amertume… et toute négation contient une floraison de "oui" ». Il put ainsi constater que « l’Italie, comme d’autres lieux privilégiés, m’offrait le spectacle d’une beauté où meurent quand même les hommes. »
 

Généralement, les hommes se gardent bien de se poser les questions essentielles. Ils vivent, simplement. Choisir la difficulté, c’est dit-il, « entreprendre la géographie d’un certain désert. » Voilà en quelque sorte l’explication du titre de cette nouvelle. Et ce désert singulier ne s’ouvre qu’à ceux qui s’efforcent de s’y confronter, sans jamais percer sa vérité profonde. Et le paradoxe, c’est qu’alors il « se peuple des eaux vives du bonheur. »
 

                       
« Je sais seulement que le ciel durera plus que moi. » Noces, L'été à Alger 1938
 

C'est bien ce contraste entre la grandeur majestueuse de la nature, indifférente dans sa démesure, et l'humaine nature traversées d'émotions, qui marque le lien profond entre ces quatre nouvelles. Le terrible vent de Djemila a beau éroder lentement la montagne, elle résistera bien plus longtemps que les œuvres mortelles des hommes qui déjà aussi bien à Djemila qu'à Tipasa, sont réduites à l'état de ruines.

Même si Albert Camus exalte ces ruines et qu'elles exercent sur lui un puissant attrait mêlé d'une pointe de la nostalgie de ce qui n'est plus. Cette mesure de l'homme face à la démesure de la nature, il va la transcender pour en faire le thème principal de L'homme révolté.
 

                       
Noces lu par Daniel Mesguish et Raphaël Enthoven
 

Noces à Tipasa : présentation et extraits

Tipasa est un village littoral situé à soixante-dix kilomètres à l'ouest d'Alger. Camus s'y rendait fréquemment en 1935 et 1936. Il partage pour ce site l'admiration de son ami Jean Grenier qui, dans Sante Cruz, évoque, lui aussi, la mer à Tipasa, le massif de Chenoua, l'odeur des absinthes, les ruines qui émergent des fleurs. Cette nouvelle reflète l'enthousiasme d'une initiation au monde dont Camus pressent qu'elle jouera pour lui un rôle capital.
 

Voilà quelques extraits de Noces à Tipasa avec ses ruines romaines, le massif du Chenoua et la mer en contrebas qui « célèbre les noces de l'homme avec la mer. »
 

« Que d'heures passées à écraser les absinthes, à caresser les ruines, à tenter d'accorder ma respiration aux soupirs tumultueux du monde ! Enfoncé parmi les odeurs sauvages et les concerts d'insectes somnolents, j'ouvre les yeux et mon cœur à la grandeur insoutenable de ce ciel gorgé de chaleur. Ce n'est pas si facile de devenir ce qu'on est, de retrouver sa mesure profonde.
 

Mais à regarder l'échine solide du Chenoua, mon cœur se calmait d'une étrange certitude. J'apprenais à respirer, je m'intégrais et je m'accomplissais. Je gravissais l'un après l'autre des coteaux dont chacun me réservait une récompense, comme ce temple dont les colonnes mesurent la course du soleil et d'où l'on voit le village entier, ses murs blancs et roses et ses vérandas vertes.
 

Comme aussi cette basilique sur la colline Est : elle a gardé ses murs et dans un grand rayon autour d'elle s'alignent des sarcophages exhumés, pour la plupart à peine issus de la terre dont ils participent encore. Ils ont contenu des morts ; pour le moment il y pousse des sauges et des ravenelles.
 

La basilique Sainte-Salsa est chrétienne, mais à chaque fois qu'on regarde par une ouverture, c'est la mélodie du monde qui parvient jusqu'à nous : coteaux plantés de pins et de cyprès, ou bien la mer qui roule ses chiens blancs à une vingtaine de mètres. La colline qui supporte Sainte-Salsa est plate à son sommet et le vent souffle plus largement à travers les portiques. Sous le soleil du matin, un grand bonheur se balance dans l'espace... »

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<< Christian Broussas, Camus - Noces 23/09/2021 © • cjb • © >>
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14 mai 2020

Albert Camus Cycles et chronologie

Albert Camus Les cycles

De l’absurde à la révolte
 

Sisyphe ou le « cycle de l’absurde »
L’absurde représente pour Camus une rupture entre l’homme et le monde, un point de départ, non une conclusion. Dans Le Mythe de Sisyphe en 1942, le héros symbolise l’absurde des actes répétitifs sans perspective, conscient de sa condition tragique. L’absurdité du pouvoir pousse Caligula à rechercher le point de non retour du pouvoir absolu.

 

L’absurde  dans L’Étranger est autant l’acte par lui-même et son ressort incompréhensible que l’incapacité de Meursault à le faire partager et à susciter la moindre compassion des autres. Un geste qui est jugé inadmissible. Ce qu’on juge, ce n’est pas tant son crime que l’absurdité d’un geste apparemment sans mobile et sans explications ainsi que l’indifférence d’un homme sans remords et étranger à son propre sort.
 

Prométhée ou le « cycle de la révolte »
Dans La Peste en 1947, Sisyphe est le symbole de la révolte individuelle, refusant sa condition et Prométhée le symbole d’une révolte collective et proclame son autonomie.

Cette révolte collective, on la retrouve en 1951 dans L’Homme révolté qui affirme « Je me révolte donc nous sommes ». La question centrale est celle du meurtre, inhérent à la révolte. Mais alors, comment l’homme, au nom de la révolte, s’accommoder-t-il du meurtre et de la terreur qui peut engendrer des systèmes totalitaires ? Et dans ces conditions, comment alors justifier ce monde d’asservissement au nom de l’Histoire ?
Camus montre les perversions de la révolte et la nécessité de concilier liberté et justice. Ceci peut se faire en recourant à la notion de "mesure" des grecs, une dynamique qui rejette la résignation, qu’il appelle « La pensée de midi ».

 

De Prométhée à Hélène

Déjà dans sa pièce Les Justes en 1949, Kaliayev refuse de sacrifier le neveu et la nièce du grand-duc Serge qui sont avec lui dans la calèche, que les conjurés ont décidé d'exécuter au nom de la Révolution. Contrairement à Stepan qui veut aller jusqu'au bout, quel que soit le prix à payer, s'impose des limite pour ne pas dénaturer sa révolte.

Dans Prométhée aux enfers en 1946, Camus projette le révolté  dans le monde de son époque.  Prométhée, écrit-il, « est ce héros qui aima assez les hommes pour leur donner en même temps le feu et la liberté » mais s’il revenait aujourd’hui parmi nous, les hommes régiraient comme les dieux antiques : « ils le cloueraient au rocher, au nom même de cet humanisme dont il est le premier symbole. » Dans ce monde de démesure, il se sentirait en enfer.
("Prométhée aux Enfers", L’Eté, 1954)

En 1948, dans "L’Exil d’Hélène", il reprend cette même idée d'une Hélène dédiée à la beauté et perdue, exilée dans l'occident moderne dédié à un rationalisme orgueilleux.
« Nous avons exilé la beauté… » Contrairement à l’Europe, « la pensée grecque s’est toujours retranchée sur l’idée de limite. Elle n’a rien poussé à bout, ni le sacré, ni la raison. Elle a fait la part de tout, équilibrant l’ombre par la lumière.  […] Némésis veille, déesse de la mesure, non de la vengeance. Tous ceux qui dépassent la limite sont, par elle, impitoyablement châtiés. »
Ainsi, dès 1948, Némésis, la déesse dont la colère peut s'abattre sur tous ceux qui s'adonnent à la démesure, est déjà présente dans l'esprit de Camus.
("L'Exil d'Hélène", L’Eté, 1954)

 

Némésis ou le « cycle de l’amour »

« Je ne connais qu'un devoir, c'est celui d'aimer. » Albert Camus

Aux totalitarismes européens, Camus oppose cette capacité grecque à rechercher un équilibre entre révolte et justice. Le symbole en est Némésis, qu’il évoque aussi bien dans l'Homme révolté que dans ses Carnets dès 1956 où il écrit : « Le troisième étage, c’est l’amour : Le Premier Homme, Don Faust. Le Mythe de Némésis. » Toujours dans ses Carnets, il écrit : « Parti de l’absurde, il n’est pas possible de vivre la révolte sans aboutir en quelque point que ce soit à une expérience de l’amour qui reste à définir ». (La pléiade, Œuvres complètes, t. II, 2006, p. 1068)
 

Cette expérience de l'amour, symbolisée par le mythe de Némésis, Camus l'avait ébauché dans son roman inachevé Le Premier homme, publié en 1994, grande fresque biographique sur l'aventure humaine en Algérie au temps de la colonisation. Ce troisième cycle devait aussi comprendre une pièce de théâtre, Don Faust, et un essai, Le mythe de Némésis.
 

Ce thème de l’amour tel que le conçoit Camus repose donc sur Némésis, déesse chargée de punir lhybris (la démesure grecque) et de revenir à un certain ordre naturel. Dans L’Homme révolté, il précise qu'une « réflexion qui voudrait tenir compte des contradictions contemporaines de la révolte devrait demander à cette déesse son inspiration. »
 

À la fin de ses Carnets, Camus écrit un poème assez sibyllin où il note "Pour Némésis (à Lourmarin décembre 59) et qui commence ainsi :
« Cheval noir, cheval blanc, une seule main d’homme maîtrise les deux fureurs. À tombeau ouvert, joyeuse est la course. La vérité ment, la franchise dissimule. Cache-toi dans la lumière.
Le monde t’emplit et tu es vide : plénitude
. » [1]

 

    Cheval noir, cheval blanc

Ce texte fait d’une suite d’antithèses repose sur ces chevaux noir et blanc qu’il faut maîtriser. Ils sont sans doute le symbole du poète dans son rapport au monde, à son œuvre et à lui-même, qu’il ne parvient pas à maîtriser. Cet autre antithèse « cache-toi dans la lumière » fait probablement référence à une lumière éblouissante qui dissimule les contours. Ainsi sur ces contradictions qui représentent la lutte entre la raison et la passion, se construit dans la mesure, le dépassement des contradictions.

 

L'idée d'intégrer les contraires se retrouve déjà dans "L'Énigme", un texte de 1950 qui finit ainsi : « Au centre de l’univers d’Eschyle, ce n'est pas le maigre non-sens que nous trouvons, mais l'énigme, c'est-à-dire un sens qu'on déchiffre mal parce qu'il éblouit… Au centre de notre œuvre, fût-elle noire, rayonne un soleil inépuisable… » [2]
 

Dans cet équilibre des contraires qu’il veut réaliser, Camus célèbre comme de nouvelles noces à Tipasa, un hymne à l’amour pour la vie, les êtres et le monde. La figure d’un Don Juan faustien ou d’un Faust qui retrouve le chemin de l’amour, s’impose à lui.

Dans Défense de L’Homme révolté [3], Camus offre une piste pour comprendre la portée de son Don Faust, il écrit : « L’idéologie du XIXe siècle… s’est détournée du rêve de Goethe unissant avec Faust et Hélène le titanisme contemporain et la beauté antique, en leur donnant un fils Euphorion. [4] Je n’ai pas dit que Faust avait tort dans ce qu’il était, mais seulement que pour être et créer, il ne pourrait se passer d’Hélène. »

Don Faust aurait sans doute été un dépassement des forces contraires en mettant confrontant ces deux forts caractères, l'âme et les sens, l'idéalisme de Faust et le matérialisme de Don Juan.
 

[1] Carnets III, Cahier IX, pages 259-260
[2] L'Énigme, court essai de 1950 intégé dans le recueil L'Été paru en 1954
[3] Œuvres complètes, Essais, page 1711
[4]
Dans le Faust II de Goethe, Euphorion, "fruit de l'amour le plus beau" meurt tout jeune d’une chute

 

Chronologie d'Albert Camus ; Les années 50

      
                                            Avec François Mitterrand en octobre 1954

 

1950
Séjour à Cabris (06) : 2/01/50 au 14/07/50 entrecoupé de 2 courts séjours à Paris
Séjours dans les Vosges et à St-Jorioz (74) en septembre
Achat de l'appartement du 29 rue Madame à Paris 6ème et aménagement en décembre

1951

Second séjour à Cabris 24/01/51 à fin mars, vacances au Chambon (43) 29/07 au 30/08
  Travaille à son essai L'Homme révolté terminé le 8 mars - affecté par la mort de Gide
En juin, meeting sur l'Espagne - reçoit JC Brisville pour sa biographie
Séjour à Alger au chevet de sa mère hospitalisée, 19/09 au 1/12/51

Juillet-août : séjours à Ste-Foy la Grande (33) et au Panelier (43)
  Texte et défense de la revue Caliban : « Tout ce qui dégrade la culture raccourcit les chemins qui mènent à la servitude. »
18 septembre 51 : parution de L’Homme révolté

« Et comment vivre dans ce monde d'ombre? Sans vous, sans deux ou trois êtres que je respecte et chéri, une épaisseur manquerait définitivement aux choses. (...) Il y a si peu d'occasions d'amitié vraie aujourd'hui que les hommes en sont devenus trop pudiques, parfois. » À René Char 26 octobre 51
En novembre, il est à Alger auprès de sa mère malade.

 

1952
Avril 52, il est à Cabris, balades à Cannes et St-Rémy
12 juin : quitte l’UNESCO
Querelle à propos de L’Homme révolté :
- 5 juin 52, article, Révolte et police (repris dans Actuelles II)
- 30 juin, réponse à Francis Jeanson, Révolte et servitude (repris dans Actuelles II)
- Août : nouveau séjour au Panelier
- 17 septembre : (À propos de Sartre et Jeanson), « je les ai toujours irrités ou blessés dans ce que je sens, de là ce vilain étalage et cette impuissance à être généreux. »
- Passe décembre en Algérie, chez son frère Lucien avec sa mère, visite le sud (Laghouhat, Gardaïa)
Il se plaint de sa vie à Paris et écrit très souvent à Maria Casarès
 

1953
- Début 53 : travaille sur La postérité du soleil et Retour à Tipasa
- 10 mai : Discours de St-Étienne sur Le pain et la liberté
- 14 juin : création au festival d’Angers de deux adaptations de Camus, La dévotion à la croix de Calderon et Les Esprits de Pierre de Larivey.
- Juillet-août : passe quelques jours à Ermenonville avec Maria Casarès puis à Thonon-les-bains et à Cordes dans le Tarn. Retour sur lui-même : « À quarante ans on consent à l'annihilation d'une part de soi-même. » Travaille sur une novelle La Femme adultère et retrouve Maria Casarès à Lacanau.
- Début octobre, désabusé : « Noble métier où l'on doit se laisser insulter sans broncher par un laquais de lettres ou de parti ! » (Carnets. Cahier VII) 
- 17 octobre : Ébauche du roman qu'il intitulera Le Premier Homme.
-  29 octobre : publication d’Actuelles II (chroniques 1948-53)
- En décembre, il est à Oran au chevet de Francine qui fait une grave dépression, la trouvant « dans un état alarmant. »

   L'immeuble de la rue Chanaleilles
 

1954
- Janvier 54 : Publication de sa nouvelle "La mer au plus près ".
- Février 54 : publication de son recueil L’Été
- Mars 54 : Projet du Premier homme : « J'imagine un premier homme qui part de zéro qui ne sait ni lire ni écrire, qui n'a ni morale, ni religion. » Lettre à propos de sa femme : « Non, Francine ne va pas mieux... »
- Fin mai : « Francine s'améliore de jour en jour... » mais c'est la séparation : il quitte la rue Madame pour habiter rue de Chanaleilles dans le VIIe
- En juillet, texte sur le thème Terrorisme et amnistie : « Le terrorisme naît de la solitude, de l'idée qu'il n'y a plus de recours… »
- Été 54 : « ... Je suis dans un triste état d'impuissance totale et de tristesse morne. J'ai l'impression d'avoir été détruit, et pour longtemps. » Part se reposer avec ses enfants dans l’Eure-et-Loir chez les Gallimard
- Début octobre : Camus est aux Pays-Bas, à La Haye, visite le musée Mauritshuis puis c’est Amsterdam, qui servira de décor à La Chute.
- 23 novembre au 15 décembre : voyage en Italie, rencontre avec Nicola Chiaromonte, Carlo Levi, Alberto Moravia… et conférence intitulée "L’artiste et son temps" à Turin, Gênes, Naples, Rome, Sorrente, Pompéi. Le moral revient.   
- Sa mauvaise humeur après l’attribution du Goncourt Simone de Beauvoir pour Les Mandarins dont il est le héros :  À part le fait qu’il est « directeur d'un journal issu de la Résistance, tout le reste est faux, les pensées, les sentiments et les actes… »
 

1955
- Janvier 1955, il écrit dans Carnets. Cahier VIII : « La tentation communiste est, pour un intellectuel, de même type que la tentation religieuse. »

- Février 1955, voyage en Algérie, Alger, Tipasa, Orléanville en rapport avec le récent tremblement de terre.
-  Mars : Première de son adaptation de "Un cas intéressant" de Dino Buzzati. Il donne une lecture de sa pièce Caligula dont on dit « Il joue plutôt qu'il ne lit. »
- 26 avril au 16 mai 55 : voyage en Grèce, Athènes, Sounion, il sillonne le Péloponnèse puis visite les Cyclades.
Conférence sur Le Théâtre contemporain : « Notre époque est tout à fait intéressante, c'est-à-dire qu'elle est tragique. »
- Fin mai, début de sa collaboration avec L’Express où il écrit : « En Algérie, comme ailleurs, le terrorisme s'explique par l'absence d'espoir. » 
- Juillet : vacances avec ses enfants près de Chamonix, il termine la rédaction de La Chute.
- Août : voyage en Italie avec Maria Casarès
- Inquiétude à son retour : « Je suis bien angoissé devant les affaires d'Algérie. J'ai ce pays en travers de la gorge et ne puis penser à rien d'autre. » À son avis : « Nous sommes ici devant l’événement capital du XXè siècle : l'arme nucléaire amène la fin des idéologies. » 
- En octobre, il reçoit des menaces de mort

- Fin d’année chargée : il tacle dans ses articles de L’Express prêche pour la trêve du sang en Algérie, le conservatisme français qui refuse de donner la nationalité française au compositeur hongrois Tibor Harsanyi parce qu’il « exerce une profession socialement inutile » ou le général Franco qui pense que « le Maroc n'était pas mûr pour la démocratie. » 
Pour les prochaines élections législatives, il annonce son soutien à Pierre Mendès-France.

1956

- Janvier : 31ème article de L'Express : Trêve  pour les civils.  « J'ai choisi l'Algérie de la justice, où Français et Arabes s'associeront librement. »
18 janvier : Camus est à Alger : « Et puis tout vaut mieux que cette France de la méchanceté, ce marais où j'étouffe. » (Carnets. Cahier VIII)
« Menaces pour ce soir et demain. »
22 janvier : Il lance un "Appel pour une trêve civile" – Retour à Paris le 25. 
- Février Il quitte L’Express et écrit : « Si je voyais une action possible, même la plus folle,  je la tenterais. Mais nous dévalons vers l’abîme, nous y sommes déjà. (...) Il faudrait maintenant un miracle pour éviter le pire. » 
- 24 mars au 8 avril : Séjour à La Palerme à L’Île sur Sorgue avec les jumeaux, rejoints par son frère et sa mère. Il y retournera en juillet-août.
Il écrit : « nous sommes coincés entre deux fanatismes, une fois de plus. »
-  18 mai : parution de La Chute
-  Lettre à René Char. « Avant de vous connaître, je me passais de la poésie. Rien de ce qui paraissait ne me concernait. Depuis dix ans au contraire,  j'ai en moi une place vide, un creux, que je ne remplis qu'en vous lisant, mais alors jusqu'au bord. » 
- Article dans L'Express : Fidélité à l'Espagne
- 20 septembre : Première de son adaptation de "Requiem pour une nonne" de Faulkner
- Octobre : meeting pour l’Espagne (de Madariaga) : « la justice se perd dans la haine comme la rivière dans l'océan. »
- Novembre : Réagit avec vigueur à l’attaque soviétique contre la Hongrie.

Domaine de La Palerme, L'île-sur-la-Sorgue

1957
- En février 57, lettre à Jean Sénac : «... j'ai décidé de me taire en ce qui concerne l'Algérie, afin de n'ajouter ni à son malheur, ni aux bêtises qu'on écrit à son propos. » 

- 4 mars : publication du recueil L’Exil et le Royaume
- 21 juin : Camus est au Festival d'Art dramatique d'Angers. Première de l'adaptation par Camus de la pièce Le Chevalier d'Olmedo par Lope de Vega. Mise en scène d'Albert Camus.
- Juillet-août : vacances à Cordes-sur-ciel, Tarn puis chez les Gallimard. Se sent en panne d’écriture.
- 16 Octobre : Il est prix Nobel de littérature. « Effrayé par ce qui m'arrive. » Regrette les basses attaques dont il est victime.
- 1er novembre : Il défend Boris Pasternak
-7 au 15 décembre : Stockholm pour le prix Nobel de littérature
- Son moral est au plus bas.

          
                                          Camus dirigeant Le chevalier d'Olmédo

1958
- Toujours moral au plus bas. Crises d’angoisse.
- 20 mars. Lettre à Roger Quilliot : «  Je viens de passer une longue et mauvaise période de dépression compliquée de troubles respiratoires et où je n'ai rien pu faire. »
- Mars : court séjour en Algérie puis chez les Gallimard à Cannes. Il va mieux.
- 9 juin- 6 juillet : Voyage en Grèce avec Maria Casarès et les Gallimard, visite L’Acropole, Rhodes, circuit dans les Cyclades et dans le Péloponnèse.  Publication d’Actuelles III, chroniques algériennes, sélection de ses articles sur l'Algérie.
- 4 août : Lettre à Jean Grenier. « Je crois comme vous qu'il est sans doute trop tard pour l'Algérie. »
- 2 septembre au 26 octobre : Dans le Luberon avec René Char, achète la maison de Lourmarin.
- 13 novembre. Lettre à Nicola Chiaromonte. « Je ne peux plus écrire comme avant, continuer simplement mon œuvre. J'ai essayé. Mais en vain. Il me faut une sorte de révolution intérieure… »

          
La maison de Lourmarin           Le chevalier d'Olmédo Avec Catherine Sellers

1959
- Ses 3 séjours à Lourmarin : séjour 1 : 28 avril-28 mai - séjour 2 : 9 août-2 septembre et séjour 3 : 14 novembre-3 janvier 1960
- 30 janvier 59 : Première de son adaptation des Possédés de Dostoïevski au Théâtre Antoine à Paris.
- Mars : s’engage dans le mouvement pour l’objection de conscience. Dernier voyage à Alger pour visiter sa mère hospitalisée. (Carnets. Cahier IX
- En mai, il écrit : « Ai avancé dans première partie Premier Homme. » Lettre à Jean Grenier : « En vérité, je suis dégoûté jusqu'au cœur de ce qui se dit et s'écrit… Et si je n'arrive pas à trouver un autre langage, j'aime mieux me taire. »  
- Une semaine à Venise, d'abord pour promouvoir Les Possédés
- En août, Lettre à Maria Casarès. « je vais faire l'impossible pour terminer en un an la première version de mon livre (Le Premier homme). »
- 28 septembre : « La vie à Paris est un enfer. On s'y agite, on s'y surmène… On n' a plus droit à la vie privée... »
- 10 novembre, À Saint-John Perse : « L'an prochain, peut-être, j'aurai une scène à Paris. »
- 4 décembre : Lettre à Maria Casarès. « ... Je pense que je me suis donné huit mois et huit mois seulement pour en finir avec la première rédaction du monstre que je ponds en ce moment (Le Premier homme). […] Le livre comportera de cinq à six cents pages, au moins) »
- 14 décembre, Aix-en-Provence. Dernière conférence sur son métier d'écrivain à des étudiants étrangers à l'Institut des études françaises. »
- 28 décembre, Lourmarin. Dernière lettre à Jean Grenier. « Je rentrerai au début de janvier à Paris puis repartirai... »

 

Voir aussi
*
Présentation des Carnets -- Carnets III -
*
Le cycle de Némésis - Lire les Carnets, page 94 et suivantes -
* Le voyage en Grèce dans les Carnets -

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